Les caricatures de Mahomet, les pièces de théâtre ou les opéras retirés de la programmation, les menaces de mort proférées à l’encontre d’un professeur de philosophie pour un article qu’il a signé dans Le Figaro, voilà de quoi nous interpeller sur la liberté dont nous disposons pour nous exprimer. Certes, il y a des limites à ne pas dépasser : elles sont fixées par les lois, et les tribunaux sont là pour réprimer ce qui est illégal.
Ce qui est le plus inquiétant, c’est que ces attaques contre la libre expression viennent essentiellement des milieux islamistes. Depuis des lustres, des symboles sacrés de la chrétienté sont bafoués dans des médias, des publications, des films… sans que personne ne s’en émeuve. Et lorsqu’une réaction se fait jour comme cette manifestation contre l’organisation d’une exposition de robes de mariées dans la chapelle royale de Versailles (qui sert toujours au culte), il est dit qu’elle émane « d’intégristes » catholiques !
Dans ma jeunesse, j’ai été personnellement victime d’ostracisme religieux. Interne dans un lycée d’une petite ville de Bourgogne, j’avais le tort de souhaiter me rendre à la messe le dimanche. Pour ce faire, il fallait s’inscrire le samedi auprès du surveillant général, et le rendez-vous était fixé dans la cour du Lycée. Le Proviseur apparaissait à l’heure du départ. Il passait alors en revue, un par un, les élèves, dans le souci pouvant apparaître louable de vérifier la tenue vestimentaire, les chaussures, la coiffure, voire la propreté, de chacun. Cet examen se terminait dix minutes où un quart d’heure après le début de la messe, dite dans une église située à dix minutes de marche.
Le surveillant d’accompagnement avait consigne de faire emprunter au groupe (marchant en rangs) un large détour, afin de les habitants et commerçants des rues principales ne puissent constater que des lycéens en nombre se rendaient à la messe.
Cet anticléricalisme primaire et bien connu de notre Proviseur m’a beaucoup marqué. Depuis cette époque, j’ai toujours veillé au strict respect de la laïcité dans l’exercice de mes mandats publics. J’ai aussi toujours défendu le respect des convictions de chacun. Je me suis rendu dans des cérémonies religieuses dans des églises, des temples, des synagogues lorsque j’y étais invité. Je ferais de même dans une mosquée si j’y étais convié. Je pense très sincèrement que les livres sacrés des religions, les lieux sacrés, les symboles, doivent être respectés. Mais cela ne doit pas empêcher le débat sur l’histoire et la philosophie des religions.
Je souhaite notamment que cette liberté que nous vivons en France depuis 1945, après cinq ans d’une douloureuse éclipse hitlérienne, cette liberté que nous célébrons devant nos monuments aux morts des guerres, en rendant hommage à ceux qui ont donné leur vie pour cette liberté, cette liberté indivisible dont la liberté d’expression est partie intégrante, soit respectée et développée, et non bafouée.
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